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L'Arbre
et le bûcheron
La nuit était tombée sur la Forêt et ses alentours.
Les feuilles mortes crissaient sous les lourdes bottes
d'un visiteur nocturne, dont on ne distinguait dans l'obscurité que
l'imposante silhouette. L'homme scrutait chaque arbre, cherchait celui
qui conviendrait le mieux à son usage. Il s'arrêta devant un hêtre
vieux et imposant. Un reflet de lune fit alors apparaître la hache
qu'il tenait dans sa main droite.
Le bûcheron se mit en position pour donner le premier
coup dans le bois du grand arbre. Mais au dernier moment, il crut
apercevoir dans l'écorce, deux yeux gris-verts qui l'observaient fixement.
Il tressaillit, jura intérieurement pour conjurer un éventuel maléfice.
Puis il secoua la tête et se remit en position.
- Bonjour, fit l'arbre.
Cette fois-ci, le bûcheron sursauta si fort qu'il lâcha
sa hache, qui vint se planter à un pouce à peine de ses orteils. |
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Quel est donc cet artifice ? murmura-t-il pour lui-même.
- Je ne suis ni un artifice de magicien ni un tour de ton esprit, répondit
l'arbre. Mon nom est Joran, et je suis aussi réel que toi. Ouvre tes oreilles
et ton esprit, je vais te conter notre histoire.
J'appartiens à l'ancienne race des arbres ; nous avons été créés il y a
des siècles par le dieu Pan pour être les gardiens de cette Forêt. Nous
sommes les guides et les protecteurs des peuples qui l'habitent. Au début
nous obéissions au noble et sage dieu Pan, mais il fut tué par sa propre
fille, la fée noire. Alors s'ensuivit une guerre entre l'héritier de Pan,
l'enchanteur et sa sœur la parricide. Aujourd'hui il n'y a plus de bataille,
mais les tensions ne se sont pas apaisées, et nous autres les arbres avons
fort à faire pour maintenir la paix et la sécurité dans la Forêt. Nous le
faisons pour tous les habitants de la Forêt, y compris toi, bûcheron.
- Foutaises et superstitions que tout cela ! marmonna le bûcheron. |
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Du
bout des doigts, il effleura le talisman qu'il portait autour du coup,
ramassa sa hache et la lança avec une grande force contre le tronc
noueux de l'arbre. Il y eut un bruit de bois brisé. Ensuite il y eut
un long silence, puis une voix dit :
- Joli coup, Joran. Tu l'as envoyé si haut, peut-être même retombera-t-il
jusque chez les fées ?
Une autre voix, plus loin, ajouta :
- Je ne comprends toujours pas pourquoi tu t'obstines à vouloir leur
expliquer. Ils sont bêtes et bornés et méchants, et cela se termine
toujours pareil.
Enfin, Joran répondit :
- J'ai fait le rêve qu'un jour un humain acceptera de comprendre notre
rôle, de se mettre à notre place... Et je sais que ce rêve se réalisera.
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Texte : Raphaël ANDERE
- Photographies : Damien MASSART. Visitez
son site. Publié avec son autorisation.
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